Le monde de la restauration est en colère. Et une fois n’est pas coutume, il le fait savoir. Comme le rapporte Le Parisien, plusieurs grands chefs s’opposent publiquement à la loi Duplomb. Cette loi, qui autorise notamment l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, ne passe pas dans la classe politique. Mais également chez les Français puisque la pétition réclamant son retrait a pratiquement atteint deux millions de signatures. Désormais, les chefs s’inscrivent en faux contre cette loi au nom de la défense des terroirs et de la qualité de leurs produits.

Le point de départ de cette grogne : un texte publié par le chef Jacques Marcon. Avec son père Régis, ils tiennent le restaurant 3 étoiles Marcon à Saint-Bonnet-Le-Froid. Au début du mois de juillet, le fils Marcon s’inscrivait en faux contre cette loi et son rapporteur, Laurent Duplomb : «Avec cette loi, vous vous êtes érigé en porte-parole de l’industrie agroalimentaire qui privilégie une agriculture intensive et néfaste pour les générations futures.» Il aura fallu quelques jours finalement pour que ses compères prennent à leur tour la parole.

Les chefs reconnaissent les difficultés des agriculteurs

Et pas des moindres. Chef trois étoiles également, à la tête du restaurant l’Oustau de Baumanière, mais également juré de l’émission «Top Chef», Glenn Viel dit «ne pas comprendre cette loi». A l’AFP, il dénonce également «les pesticides qui polluent notre terre» alors que «l’alimentation a une grande part (de responsabilité) dans les cancers». Au-delà de la loi, il plaide pour une aide aux agriculteurs afin «de les aider à faire cette transition écologique».

Depuis, une tribune a même vu le jour dans le journal Le Monde. Publiée jeudi 24 juillet, elle a déjà réuni 400 signatures, des restaurateurs-paysans aux étoilés, en passant par des bistrots ou des cantines. Lancée à l’initiative de l’entreprise Ecotable, cette tribune fait état des «difficultés que rencontrent les producteurs français au quotidien» et reconnaît que les agriculteurs sont «tiraillés par la rentabilité de leur métier et les demandes citoyennes croissantes à sortir du productivisme». Ils pointent du doigt «un système à bout de souffle, qui leur demande de produire toujours plus et à bas prix.»

Si la prise de parole est rare, elle était nécessaire, assure Glenn Viel. «A un moment, il faut taper du poing sur la table.» Pour Jacques Marcon, il faut aussi «se remettre en question (…) aider les agriculteurs». De son côté, la cheffe Marie-Victorine Manoa parle de «coup de massue» et appelle à la «rébellion générale». Pour elle, «cuisiner des produits médicamentés et stériles n’excite personne».