
Air India navigue en eaux troubles. Plus d’un mois après le crash du Boeing 787 à Ahmedabad qui a coûté la vie à 260 personnes, les circonstances du drame se précisent même s'il reste encore de nombreux éléments à éclaircir. Il y a quelques jours, le rapport préliminaire mettait en évidence que les moteurs avaient été privés de kérosène, à cause des commutateurs de carburant qui ont été placés en position «off». Ces premières constatations laissaient entendre qu’il y avait eu une erreur humaine, et depuis, le profil du commandant de bord a laissé place aux doutes.
Mais pour la compagnie, le problème semble même plus profond, indique Air Journal. A la suite de l’accident, Air India avait largement réduit son plan de vols, notamment internationaux, le temps d’inspecter les appareils. Si le redémarrage de certains vols est prévu à partir du 1er août, la compagnie indienne ne prévoit pas de retour complet à la normale au moins avant le 1er octobre. Que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, la fréquence des vols a été réduite, comme entre New Delhi et Paris : sept vols par semaine contre douze auparavant.
Une privatisation qui interroge
Mais Air India peut-il s’en sortir ? C’est ce que se demande la presse indienne, India Today en premier lieu, d’abord parce que sa flotte est vieillissante. Sur ses 199 avions actuellement, plus d’un tiers ont entre dix et quinze ans, quand 40% ont plus de quinze ans. Air India a bien commandé 470 nouveaux avions, mais ils ne seront pas livrés avant 2030. Ses concurrents comme IndiGo exploitent une flotte bien plus récente, indique Air Journal.
Il faut ajouter à cela le problème des pilotes. Dans le pays, la pénurie de commandants de bord ou copilotes force à se tourner vers l’étranger. Or ce problème s’ajoute à la privatisation de la compagnie en 2022, rachetée par le géant Tata (93 sociétés). Lorsqu’Air India a fusionné avec une autre compagnie en novembre 2024, Vistara, des tensions sociales sont apparues puisque les salaires ont été tirés à la baisse. En outre, Tata a repris une compagnie déficitaire.
Trop de compromis sur la sécurité ?
Selon la presse indienne, la nécessité de faire des économies peut fragiliser à terme la sécurité des vols et la qualité du service à bord. India Today est d’ailleurs critique envers la compagnie nationale, notant une «ressemblance troublante entre la brève trajectoire du malheureux Dreamliner à Ahmedabad et le récit plus large de l’entreprise qui l’entoure», à savoir «une courbe ambitieuse, une perte de puissance soudaine et inexpliquée, puis des images de dévastation». Rien de rassurant.
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