
Levée de boucliers du côté de la French tech contre la taxe Zucman ! Les entrepreneurs de la tech française s'opposent tous ou presque à la proposition de l'économiste Gabriel Zucman, professeur à l’Ecole Normale Supérieure, l’Ecole d’économie de Paris et président de l’Observatoire fiscal de l’Union européenne. Pour eux, pas question de mettre en place cet impôt plancher de 2% censé s’appliquer aux seuls Français dont le patrimoine est supérieur à 100 millions d’euros. 1 800 foyers seraient concernés. Fait inédit : la taxe Zucman inclut dans son assiette les biens professionnels, comme les actions, contrairement à l’impôt sur la fortune (ISF), depuis supprimé, qui les exonérait.
Et c’est bien ce qui pose problème au milieu entrepreneurial français. Dans une tribune publiée par le journal L'Opinion, plus d’une trentaine d'entrepreneurs et investisseurs appellent à ne pas casser «l’élan entrepreneurial français». Selon eux, inclure le patrimoine professionnel dans l’assiette de cette taxe «revient à méconnaître le monde de l’entreprise privée, notamment technologique, ou les valorisations des entreprises sont théoriques et les actions, e-liquides», avancent les signataires de la tribune. Selon eux, «cela obligerait de nombreux fondateurs à céder une partie de leur capital pour s'acquitter de l'impôt».
Quid des sociétés à forte valorisation ?
Interrogé à ce sujet sur le plateau de C à Vous le 16 septembre, Gabriel Zucman assure que «dans la grande majorité des cas, les liquidités existent pour payer cet impôt plancher». En effet, «la rentabilité moyenne des fortunes de plus de 100 millions est égale à plus de 6%», a-t-il expliqué. L'économiste reconnaît qu’il existe en effet «des cas de sociétés qui valent cher et qui ne font pas encore de bénéfices comme Mistral AI», société fondée en avril 2023 et spécialisée dans le développement de modèles d’intelligence artificielle générative, qui a récemment levé 1,7 milliard, portant sa valeur 11,7 milliards d’euros. Elle est donc devenue une «décacorne», la version évoluée de la licorne, un statut attribué aux start-up dont la valeur est supérieure à 1 milliard.
Régulièrement cité comme exemple dans le débat autour de la taxe Zucman, l’un de ses cofondateurs, Arthur Mensch est venu présenter son point de vue sur le plateau du journal de 20 heures de France 2 lundi. Si le patron affirme ne pas pouvoir «payer» la taxe Zucman dont le montant serait de presque 24 millions pour la décacorne - il s’est, en revanche, prononcé pour «davantage de justice fiscale en France». «Je pense que l’équilibre est possible : plus de justice fiscale tout en permettant à la France de rester attractive pour les entrepreneurs», a assuré Arthur Mensh.
Vers un paiement «en nature» ?
Pour ces sociétés qui manquent de liquidités, Gabriel Zucman avance une solution : le paiement «en nature». L’économiste propose de régler l'impôt en actions, en les transférant à l’Etat. L’exécutif pourrait ensuite les «mettre dans un fonds souverain, les revendre aux salariés de l’entreprise (concernés) ou à d’autres investisseurs», a-t-il présenté. L’idée passe mal chez les entrepreneurs de la tech française.
Dans une tribune publiée par Les Echos, Philippe Corrot, fondateur de Mirakl, une licorne française spécialisée dans les places de marché en ligne, affirme que la proposition de payer cette taxe en «actions révèle une méconnaissance (...) du mode de fonctionnement d’une entreprise». «En quelques années, l’Etat pourrait devenir premier actionnaire d’une entreprise ou même en prendrait le contrôle», affirme l’entrepreneur, pour qui la taxe Zucman est «un piège mortel» qui «détruira la French Tech et son 1,3 million d’emplois». Il met aussi en garde contre la fuite des entrepreneurs et investisseurs français pour des pays plus intéressants sur le plan fiscal.
Les riches vont-ils partir ?
Sur les réseaux sociaux, d’autres se sont opposés publiquement à la taxe Zucman, comme Eric Larchevêque, patron de Ledger et membre du club très select des 500 personnalités les plus riches de France. L’entrepreneur affirme que «tout le monde (lui) dit de quitter la France». Marc Simoncini, à la tête de Meetic, Daphni ou encore Angell, s’est lui aussi dressé contre cette taxe.
A la question «vous croyez vraiment que les entrepreneurs accepteront de liquider leur capital ?», Gabriel Zucman a répondu «personne n’a envie de payer d’impôt», sur le plateau de l’émission C à vous, mettant en garde contre une «violation (…) brutale du principe fondamental d’égalité devant l’impôt». Selon les partisans de la taxe Zucman, les Français les plus riches paient moins d’impôts qu’ils ne le devraient via des schémas d’optimisation fiscale. La taxe a pour objectif de réajuster ce déséquilibre.
Certains patrons adhèrent aux principes défendus par Gabriel Zucman, comme Louis Chatriot, cofondateur d'Alma, une fintech spécialiste du paiement en plusieurs fois d’une valeur proche du milliard d’euros qui s’est exprimé dans les colonnes des Echos. D’autres, comme le directeur général de la Maif et coprésident d’Impact France, Pascal Demurger, la nécessité d'une taxe est «claire», mais avec «peut-être des ajustements à faire».



















