
Le 6 mai sur RMC, Dominique Schelcher, président de Coopérative U, a pointé du doigt le géant du prêt-à-porter en ligne Shein, qu’il accuse de ne pas jouer selon les mêmes règles fiscales que les distributeurs implantés en France. En cause : un impôt dérisoire versé par le groupe chinois en 2023. «Shein a payé 273 000 euros d’impôts pour 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires estimé en France. C’est moins qu’un Super U moyen», dénonce le dirigeant.
L’écart est effectivement frappant. Un magasin Super U de Vitry-en-Artois a acquitté 272 000 euros d’impôts en 2023, selon les données du site Pappers, soit à peu près la même somme que Shein. Mais avec un chiffre d’affaires de... 34,3 millions d’euros, très loin du milliard du poids lourd chinois. À l’autre bout du spectre, l’Hyper U de Pont-de-Beauvoisin, avec 65,3 millions de chiffre d’affaires, a déboursé, quant à lui, plus de 500 000 euros. Ubuesque. «On ne travaille pas à armes égales», s’indigne Dominique Schelcher, qui réclame une équité fiscale entre les acteurs du commerce physique et ceux du e-commerce.
Shein a déclaré moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires en France en 2023
Selon les calculs de RMC, un Hyper U qui réalise un chiffre d'affaires 25 fois moindre que Shein en France paiera donc deux fois plus d'impôt environ... Cette inégalité s’explique par une ingénierie fiscale bien rodée. D’après le média L’informé, Shein n’a déclaré en France que 9,9 millions d’euros de chiffre d’affaires et un bénéfice de 301 000 euros en 2023. Officiellement, sa filiale française ne couvre que les fonctions marketing et communication, avec une vingtaine de salariés. Les ventes aux clients français sont facturées depuis l’Irlande, où le taux d’impôt sur les sociétés est de 12,5 %, bien inférieur à celui en vigueur en France (25 %). L’ensemble repose sur un enchevêtrement de holdings jusqu’aux Îles Caïmans.
Outre la problématique fiscale, le patron de Coopérative U pointe un autre problème : «Ce sont 600 avions qui arrivent chaque nuit de Chine vers l’Europe», affirme-t-il, évoquant des produits «pas toujours contrôlés de la même manière» que les produits locaux vendus en magasin. Face à ces pratiques, le gouvernement a réagi. Parmi les mesures proposées : l’instauration de frais de gestion sur chaque petit colis entrant dans l’UE dès 2026, et la suppression de l’exonération de taxe douanière sur les envois de moins de 150 euros, potentiellement actée en 2028 dans le cadre de la réforme de l’Union douanière.


















