
Se former pour piloter son entreprise coûte désormais un peu plus cher. Depuis les formations suivies à compter du 1er janvier 2025, les dirigeants ne peuvent plus bénéficier du crédit d’impôt pour dépenses de formation qui venait réduire la facture. La mesure est passée relativement inaperçue, mais elle réapparaît aujourd’hui au moment de la déclaration des revenus 2025, alors que de nombreux indépendants finalisent leurs comptes et vérifient leurs charges déductibles.
Le sujet reste loin d’être marginal. Selon la Dares, le service statistique du ministère du Travail, la France a consacré 56,6 milliards d’euros à la formation professionnelle continue et à l’apprentissage en 2024, dont 16,4 milliards d’euros financés directement par les entreprises. Dans le même temps, l’Insee a recensé 1 165 800 créations d’entreprises en 2025, un niveau record. Dans ce contexte, la formation continue reste un poste stratégique pour de nombreux dirigeants, notamment dans les petites structures où il faut régulièrement actualiser leurs compétences sans pouvoir facilement déléguer.
Formation : jusqu’à 480 euros de crédit d’impôt en moins
Jusqu’à fin 2024, le mécanisme permettait de récupérer un crédit d’impôt calculé sur le temps passé en formation : dans la limite de 40 heures par an, multipliées par le SMIC horaire brut. Dans la pratique, le gain atteignait souvent entre 400 et 480 euros sur l’année. « Ce n’était pas une somme massive, mais c’était un vrai petit levier pour alléger le coût de certaines formations, surtout dans les petites structures », résume le fiscaliste interrogé par Capital.
Le dispositif présentait une particularité appréciée : le dirigeant pouvait non seulement déduire le coût de sa formation de son résultat imposable, mais aussi bénéficier en plus de ce crédit d’impôt. Un double avantage fiscal que Bercy a finalement supprimé à compter du 1er janvier 2025. La mesure a été actée par la loi de finances et l’administration fiscale a depuis mis à jour sa documentation officielle pour acter la fin du dispositif.
Les frais restent déductibles… à condition d’être liés à l’activité
Point important : cette disparition ne signifie pas qu’un dirigeant ne peut plus déduire ses formations. Si la dépense est engagée dans l’intérêt direct de l’entreprise et justifiée, elle reste admise fiscalement comme n’importe quelle charge professionnelle : formation technique, mise à jour réglementaire, apprentissage d’un logiciel nécessaire à l’activité ou perfectionnement métier.
« Aujourd’hui, on a toujours le droit de déduire ces frais. On a simplement perdu le petit complément qui existait sous forme de crédit d’impôt », précise le fiscaliste interrogé par Capital. Autrement dit : la dépense reste déductible, mais le coup de pouce complémentaire disparaît.
Financement des formations : quels leviers selon votre statut ?
Dans les faits, la suppression touche surtout les entrepreneurs individuels, professions libérales et métiers réglementés tenus à une formation continue régulière. Pour eux, ce crédit pouvait directement alléger le solde d’impôt à payer ou, dans certains cas, donner lieu à remboursement.
Pour autant, plusieurs leviers restent accessibles selon le statut. Les dirigeants de société à l’IS, comme en SASU ou en SARL, peuvent continuer à comptabiliser le coût de leur formation en charge déductible, à condition qu’elle soit directement liée à l’activité. Même logique pour les entrepreneurs individuels au réel ou les professionnels libéraux en déclaration contrôlée : la dépense peut être intégrée aux charges, justificatif à l’appui, avec à la clé une baisse du résultat imposable.
Pour les professions libérales, d’autres prises en charge peuvent s’ajouter via le FIF PL, alimenté par leurs cotisations. Le CPF reste également mobilisable sous conditions, avec un reste à charge dans certains cas. En revanche, les micro-entrepreneurs ne peuvent pas déduire leurs dépenses poste par poste : leur fiscalité repose sur un abattement forfaitaire appliqué au chiffre d’affaires. « Aujourd’hui, on garde la déduction classique si la formation est bien en lien avec l’activité. Ce qui disparaît, c’est le petit crédit d’impôt complémentaire », rappelle le fiscaliste.
En pleine campagne déclarative, la nuance est donc essentielle : la formation reste bien déductible dans de nombreux cas. Mais pour les dirigeants qui comptaient encore sur ce petit avantage fiscal supplémentaire, la facture est désormais un peu plus lourde.



















