Les agriculteurs seront-ils les prochaines victimes de la guerre au Moyen-Orient ? C’est ce que redoute l’ONU notamment. Car si 30% du pétrole mondial passe par le détroit d’Ormuz, qui est actuellement bloqué, d’autres matières premières sont tributaires de cette zone. C’est le cas notamment des engrais indispensables aux agriculteurs de nombreux pays. Or, selon une note de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) relayée par Franceinfo, transite dans le détroit d’Ormuz «un tiers du commerce mondial d'engrais transporté par voie maritime».

Parmi les engrais les plus utilisés dans le monde, on retrouve ainsi l’urée. Or, là encore, «30 à 35% des exportations mondiales d'urée» et «20% à 30% des exportations d’ammoniac proviennent de la région du golfe Persique, selon la FAO. En dehors du détroit bloqué, des sites ont été visés par des tirs ces dernières semaines, et surtout, d’autres matières premières sont aussi bloquées, comme le soufre et l’ammoniac. Or, ces matières servent à d’autres pays pour fabriquer leur propre engrais. Maroc, Tunisie, Afrique du Sud, Pakistan ou Inde… de nombreux Etats ont ainsi réduit leur production de fertilisants.

Les pays africains et asiatiques en première ligne

Mais plus globalement, ce sont les agriculteurs qui vont se retrouver en première ligne, alerte l’ancien eurodéputé portugais Jorge Moreira da Silva, chef d'un groupe de travail de l'ONU chargé de libérer le passage des engrais dans le détroit d'Ormuz. Celui qui évoque une possible «crise humanitaire majeure», estime qu’elle pourrait «plonger 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim». Parmi les pays les plus touchés, figurent plusieurs d’Afrique : Soudan, Tanzanie, Somalie, Kenya ou encore Mozambique… tous importent entre 22% et 54% d’engrais.

Mais ce ne sont pas les seuls. L’Asie dépend également énormément du golfe Persique, que ce soit le Bangladesh, le Sri Lanka, le Pakistan et même la Chine. Comme le rappelle Franceinfo, dans ces pays, l’agriculture intensive est pratiquée, nécessitant beaucoup d’engrais. Or, à terme, cela devrait jouer sur les rendements, faisant courir «un risque particulièrement grave pour les régions densément peuplées d'Asie, où ces cultures constituent l'essentiel de la consommation alimentaire», met en garde l’ONU.

Vers une augmentation des prix

Des conséquences locales, puis mondiales ? Probablement si la situation ne s’améliore pas, car des pays comme le Brésil s’approvisionnent beaucoup dans le Golfe et exportent un peu partout dans le monde. A terme cette crise liée aux engrais devrait influer sur le prix. Si les experts s’attendent déjà à des hausses de tarifs de 15% à 20% au premier semestre, les prix de l’alimentaire pourraient flamber d’ici la fin de l’année. En attendant, les pays s’organisent pour trouver d’autres solutions, d’autres fournisseurs ou en plaidant pour une agriculture avec moins d’engrais. Même si la situation se débloque, les fournisseurs pourront-ils livrer tout le monde ? Et à quel prix ? Autant de questions en suspens.