Le ton monte entre Michel-Edouard Leclerc et Roland Lescure. Accusé par le ministre de l’Economie de jouer les «prophètes de malheur» après ses prévisions d’une inflation proche de 4% à la fin de l’été, le président du comité stratégique des centres E.Leclerc a répondu fermement, dénonçant des critiques politiques qu’il juge déconnectées du terrain. Invité ce jeudi 28 mai sur RMC et BFMTV, le dirigeant de la grande distribution a estimé que ces attaques reflétaient un malaise côté exécutif. «Je pense que ces mots traduisent le désarroi de décideurs politiques qui n'arrivent pas à décider», a-t-il taclé.

La veille, le ministre de l’Economie Roland Lescure avait invité le dirigeant à «faire son métier», en se concentrant sur la baisse des prix plutôt que sur ses analyses de conjoncture, notamment liées à la guerre au Moyen-Orient. Une sortie qui a fait réagir Michel-Edouard Leclerc, qui a défendu son positionnement et ses prévisions économiques. «On est les moins chers. (…) On sera autour de 3% et 4% (d'inflation) à la sortie de l'été. Est-ce que je suis un prophète de malheur ? Je ne veux pas l'être, je suis dans le réel, j'anticipe ce réel, je me mets en mode combat», a-t-il déclaré. Il a également réaffirmé son refus d’ouvrir, pour l’heure, de nouvelles négociations commerciales avec les industriels.

«Le bouclier contre l’inflation»

Le président du comité stratégique des centres E.Leclerc a aussi regretté une forme d’acharnement politique contre son secteur. «On ne s'en prend pas au luxe, mais à ceux qui vendent le moins cher, dans l'intérêt de qui ?», a-t-il lancé. Il a également dénoncé le climat dans lequel évoluent les distributeurs, estimant être régulièrement ciblé lors de débats publics et parlementaires. «Moi, je passe sur les plateaux de télévision souvent à la suite de commissions parlementaires où on nous dézingue. Il y a une quinzaine de lois en vingt ans qui sont sorties qui sont anti-distribution», a-t-il ajouté.

Michel-Edouard Leclerc a défendu le rôle des enseignes de grande distribution dans la lutte contre la vie chère. «Moi, je m’en fous. Je fais un métier dans l’action, je fédère 700 chefs d’entreprise, la lutte pour le pouvoir d’achat par les prix bas, c’est nous. C’est Leclerc, c’est Système U, c’est Intermarché, c’est Carrefour qui revient dans la course, ce sont les hard-discounters qui se sont installés en France. C’est nous qui faisons le bouclier contre l’inflation», a-t-il martelé.