Les chiffres de l’inflation sont tombés : selon l’Insee, en avril, les prix ont évolué de 2,2%, bien plus qu’en mars (1,7%), la faute principalement à la forte accélération des prix de l’énergie (+14,2% sur un an). Petite éclaircie dans le même temps : les prix de l’alimentation ralentissent. S’ils progressent certes de 1,3%, ils sont en recul par rapport au mois de mars (1,8%). Un bon signe pour la consommation ? Pas vraiment, à en croire Michel-Edouard Leclerc. Interrogé sur BFM Business ce jeudi 30 avril, le patron du groupement éponyme met en garde sur les difficultés à venir dans les prochains mois.

Pourquoi ? D’abord parce que ces chiffres de l’Insee ayant trait au mois d’avril concernent le mois de mars, «on n’est pas au plein de la tension» liée au Moyen-Orient, rappelle-t-il. Toutefois, une chose est claire : «La consommation tient son rang, on n’est pas en crise, on n’est pas en faillite.» Mais un constat est clair : la consommation est «retenue» et elle pourrait être «bien plus forte que ça», martèle Michel-Edouard Leclerc, prenant pour exemple le taux d’épargne très élevé «qui ne se dépense pas et ne s’investit pas».

Carburants : «On sera dans l’incertitude totale»

Mais eu égard aux dernières semaines, Michel-Edouard Leclerc prévient : «On est en train de rentrer dans une sorte de crise qui va être plus longue.» La grande distribution ne pourra-t-elle plus jouer sur les prix pour se faire de la concurrence ? A partir de la fin du mois de mai, on sera «dans l’incertitude totale» concernant les carburants, a rappelé sur BFM Business le patron de grande distribution, sans peur de pénurie, mais «avec des risques de rupture».

C’est donc bien à cause de la flambée des carburants qu’il devrait y avoir «une ponction sur le budget des ménages qui va ralentir la consommation» et qui va donc nécessiter «des arbitrages». Selon lui, un automobiliste qui fait son plein de gazole en province, paie un surplus «équivalent à deux semaines d’achat dans un hypermarché». Résultat : comme certains Français ne peuvent pas se passer de leur voiture, «une grosse partie de la consommation va être freinée».

Trop tôt pour rouvrir les négociations commerciales

Ces arbitrages devraient intervenir à partir de la fin du mois de mai, estime le patron de Leclerc, et les enseignes qui vont proposer les prix les plus bas vont «tirer la consommation». Il a enfin estimé qu’il était trop tôt pour rouvrir les négociations commerciales en France et glissé un petit tacle à TotalEnergies qui a publié un bénéfice en hausse de 50% au premier trimestre. «Là on parle de superprofits. On n’est pas dans cette dimension.»