«Un coup de génie de Total». Il y a un peu plus d’un mois, Michel-Edouard Leclerc était dithyrambique avec la stratégie du géant pétrolier qui avait su anticiper les perturbations logistiques liées au conflit au Moyen-Orient. Mais quelques semaines plus tard, le discours n’est plus le même. Invité de Franceinfo ce lundi 4 mai, le patron du groupement Leclerc a réglé ses comptes avec celui qui est aussi bien son fournisseur que son concurrent. TotalEnergies est en effet un des trois gros fournisseurs de Leclerc pour ses carburants.

Et visiblement, Michel-Edouard Leclerc n’a pas apprécié les derniers échanges avec Total : «En tant que fournisseur, Leclerc lui a demandé les mêmes tarifs qu’il fait à son réseau et il nous a, en riant, envoyé balader.» En plafonnant ses tarifs, le pétrolier français est aujourd’hui à son avantage, alors que ce n’est pas le cas tout au long de l’année, a rappelé Michel-Edouard Leclerc sur Franceinfo. «D’habitude, dans l’année, on est loin devant Total, cinq centimes moins chers que Total Access et 12 à 15 centimes moins chers que le réseau total en général.»

Le blocage des prix «financé par les marges» de Total ?

En plafonnant ses prix, et en ne les appliquant pas à ses clients, TotalEnergies serait dans l’illégalité, a laissé entendre le patron de grande distribution. «Là, ils plafonnent leur prix, normalement, il y a discrimination. On peut faire une bataille juridique, mais ça ne va pas faire descendre les prix pour les consommateurs», a-t-il concédé. Il s’est ensuite voulu pragmatique en laissant le gouvernement «gérer ce qu’il peut demander à Total», à savoir des aides aux agriculteurs, à ses principaux clients ou aux transporteurs.

Dans tous les cas, Michel-Edouard Leclerc invite tous les consommateurs à regarder les comparateurs de prix. «Quand Total est moins cher, ils vont chez Total, puis ils reviennent chez le moins cher pour le reste des courses», a-t-il souligné. Par la suite, il a conseillé au Premier ministre de «demander à Total de faire des ristournes», car «le blocage des prix a déjà été financé par les marges qu'il a faites en France depuis 2 ans».

Il s’est toutefois montré sceptique quant à des taxes pour les entreprises réalisant d’énormes profits : «La guerre a profité à beaucoup d'entreprises [...] Je ne sais pas si on peut taxer les profits des multinationales là où elles paient leurs impôts.» En revanche, Michel-Edouard Leclerc a conseillé son concurrent : «Si j'étais Total, si je me considérais comme patron français, je privilégierais les consommateurs français par patriotisme.»