La SNCF affiche ses ambitions. Selon un document interne cité par BFMTV, le groupe prévoit des bénéfices en hausse pour 2026, avec un résultat net record de 2,3 milliards d'euros, contre 1,8 milliard l'an passé et 1,5 milliard en 2024. Au global, la compagnie s'attend à un chiffre d'affaires historique de 44,5 milliards d'euros en 2026 (dont 20,5 milliards pour SNCF Voyageurs), soit une progression de 3,7% par rapport à l’an passé (42,9 millions d’euros). Si on ajoute les impôts, taxes, dotations aux amortissements et provisions sur immobilisation - l'Ebitda global - le résultat net devrait se hisser à 7,9 milliards d'euros contre 7,6 millions d’euros en 2025.

Ce chiffre serait encore un record même si sa croissance est inférieure à celle du chiffre d'affaires. Pour obtenir ses résultats, la SNCF s’appuie notamment sur la flambée des prix des carburants et des billets d’avion qui poussent les Français à choisir le train. Par ailleurs, ces résultats en hausse bénéficient de l'intensification de l'offre low cost Ouigo (+9% cette année en places), du succès d'«Intercités, en progression de 4%, de la hausse du trafic Eurostar (+3%) et de Ouigo España (+18%)», détaille le document.

Des freins finalement insuffisants pour empêcher la croissance

Ces leviers de croissance devraient permettre d’absorber plusieurs obstacles, comme «les retards de livraison des TGV M (qui arriveront au compte-goutte à partir de juillet, NDLR), l’augmentation des travaux, dans un contexte de concurrence accrue sur l’axe Sud-Est», avec notamment la montée en puissance de Trenitalia vers Lyon et Marseille. Ces bénéfices seront, comme chaque année, majoritairement reversés au fonds de concours destiné à SNCF Réseau, en complément des péages versés par les opérateurs, dont SNCF Voyageurs, pour financer la régénération du réseau.

Le document indique que la contribution en 2026 s’élèvera à 1,5 milliard d’euros, soit environ 65% du résultat net. La SNCF avait versé 1,6 milliard d’euros en 2025 (90% du résultat net). Cette baisse ne devrait pas apaiser la colère des syndicats qui dénoncent un système dans lequel les cheminots ne bénéficient pas des bons résultats financiers, tandis que SNCF Voyageurs se retrouve pénalisée deux fois : d’une part par les péages qu’elle règle pour faire circuler ses trains et d’autre part, par la ponction de ses bénéfices alors que les concurrents ne paient que les péages. Pour la CGT comme pour Sud Rail, c’est à l’État de financer les infrastructures publiques.

Un préavis grève déposé pour le 10 juin

La situation pourrait se tendre encore davantage : l’accélération de la filialisation due à l’ouverture à la concurrence dégrade déjà le climat social. Les syndicats alertent sur des conditions de travail qui se détériorent, des cas de suicides en hausse et des revalorisations jugées insuffisantes. Ils ont d’ailleurs déposé un préavis de grève unitaire pour le 10 juin, première épreuve de force pour le nouveau président du groupe, Jean Castex.