
Shein au BHV, ça se mérite. Logée au 6e étage du bâtiment historique de la rue de Rivoli, la première boutique physique du géant de la fast fashion chinoise est difficilement accessible puisque l’escalator est en panne. Pour monter, il faut emprunter un autre escalier mécanique et une fois arrivé au sommet, le constat est sans appel : les allées sont vides, ou presque. Seuls quelques curieux arpentent les couloirs de l’espace occupé par la marque chinoise. À vrai dire, les vendeurs sont presque aussi nombreux que les visiteurs. Pourtant, les soldes d’hiver battent leur plein et la période est censée être faste pour le Bazar de l’Hôtel de la Ville.
«Il n’y a pas grand monde chez nous», reconnaît un vendeur du BHV travaillant au 1er étage. «Il y a eu un pic de fréquentation pour le Black Friday et à Noël, mais le nombre de visiteurs a chuté depuis le Nouvel An», explique-t-il. Des rayons remplis de vêtements, de nombreuses soldes à -50 %... Shein fait tout pour attirer la foule. Le géant de la fast fashion a multiplié les efforts et propose dans sa boutique des remises parfois plus avantageuses que celles présentées en ligne. Prenez cette chemise manche longue pour homme à 23,49 euros, elle y est soldée à -30% quand le site, lui, affiche -20% sur le même article.
Le BHV perdant ou gagnant avec l’arrivée de Shein ?
L’arrivée de Shein au BHV avait pour but d’apporter de nouveaux clients au grand magasin. Force est de constater que les autres étages de ce lieu emblématique du shopping parisien ne bénéficient pas vraiment de l’effet Shein. Que ce soit la mode, la bijouterie, la librairie ou le bricolage, aucun univers ne semble épargné par ce phénomène. Pire, selon ce vendeur croisé en début de semaine, «lorsque des clients font des achats et redescendent au premier étage avec des sacs, ils ont des sacs Shein mais ne dépensent guère dans d’autres rayons».
Il y a bien de nouveaux clients, donc, mais cela ne profite pas aux autres marques présentes. Par volonté de marquer leur mécontentement face à la présence de l’enseigne chinoise, certaines marques, comme Dior, Guerlain et Sandro, ont décidé de quitter le BHV. Mais le mouvement pourrait s’amplifier face à la faible affluence constatée.
6 000 à 8 000 clients par jour
Après le lancement en fanfare de ce premier magasin physique du géant de la fast fashion le 5 novembre dernier, celui-ci semble donc s'essouffler. S'oriente-t-elle vers un échec commercial ? Pas pour les dirigeants du grand magasin parisien qui ne tirent pas encore la sonnette d’alarme. Contacté par Capital, l'entourage de la direction de SGM revendique entre 6 000 à 8 000 clients par jour actuellement sans livrer plus de détails sur le chiffre d’affaires.
D’ailleurs, cela provoque bon nombre de rumeurs, allant jusqu’à la fermeture possible du BHV à Paris. Il faut dire que selon Yann Rivoallan, le président de la Fédération française du prêt-à-porter, les ventes seraient dérisoires. Invité de Sud Radio, celui-ci a affirmé que Shein gagnerait «à peine 2 000 euros par jour, grand maximum».
On est loin des espérances initiales du site de fast fashion. Signe que la stratégie est chancelante, l’ouverture de cinq nouvelles boutiques en province (Dijon, Reims, Grenoble, Angers et Limoges) est reportée depuis que le partenaire principal de la SGM, le groupe Galeries Lafayette, a souhaité prendre ses distances. Pour toutes ces raisons, l’audition du patron du BHV et de la SGM, Frédéric Merlin, prévue ce mercredi 21 janvier au Sénat, est très attendue. Vendeurs, clients et partenaires attendent d’en savoir plus sur la suite de sa stratégie.


















