Anniversaire mitigée pour Béatrice, qui fête cette année ses dix ans de présidence du conseil syndical de sa copropriété. Elle se dit «un peu usée» par sa fonction au sein de cette instance composée d’élus de la copropriété et chargée de coordonner les relations entre copropriétaires et syndic. «J’en ai assez de me donner à fond pour des copropriétaires pas impliqués dans la vie de la résidence, dont certains n’ont jamais vu le logement qu’ils ont acheté !», explique cette retraitée.

Les copropriétaires en question ont réalisé un investissement locatif en Pinel dans l’immobilier neuf afin d’obtenir une réduction de leur impôt sur le revenu. Cela en contrepartie de leur engagement à louer le bien pendant plusieurs années à un loyer modéré, à des personnes dont les revenus n’excèdent pas certains plafonds.

Des investisseurs en Pinel pas très assidus aux AG

Des investisseurs en Pinel, il y en a beaucoup dans la «copro» de Béatrice. Sur les 200 lots que compte cette résidence située en Nouvelle-Aquitaine, 85% appartiennent à des propriétaires-bailleurs. Et pour cause ! La résidence a été construite il y a une dizaine d’années, au moment de la création du Pinel. «Ces personnes ont acheté pour défiscaliser, elles n’ont pas vraiment acquis un logement mais plutôt fait un placement financier», s’agace Béatrice.

Habitant pour la plupart dans d’autres régions que la Nouvelle-Aquitaine, notamment en Ile-de-France, ces propriétaires-bailleurs ne sont pas très assidus aux assemblées générales (AG) de copropriété. Alors qu’ils sont environ 170, «on les compte sur les doigts d’une main lors des AG», se désole la présidente du conseil syndical.

Le Pinel, davantage un placement financier qu’un achat immobilier ?

Conséquence de cet absentéisme, le vote de la réfection des peintures du hall d’entrée et du carrelage de ses soubassements, qui ne sont pourtant pas des travaux de très grande ampleur, a été compliqué à arracher. D’autant plus que, s'agace Béatrice, ces copropriétaires-bailleurs«seront bien contents de présenter une belle résidence à de futurs acquéreurs lorsqu’ils revendront leur bien» après les six à neuf ans d’engagement de location exigés dans le cadre du Pinel.

Béatrice n’apprécie pas non plus que certains de ces copropriétaires-bailleurs «transforment en loucedé leur T3 en T4, afin de le louer à trois étudiants plutôt qu’à deux». Elle y voit une preuve supplémentaire de l’intérêt principalement financier de ce type d’achat immobilier. Sans compter les sauteries des étudiants et le roulement important des occupants, qui quittent la colocation pour vivre en couple ou poursuivre leurs études ailleurs.

Le Pinel en phase d’extinction

La présidente du conseil syndical en vient parfois à regretter son appartement de la région parisienne, vendu il y a dix ans pour acheter celui de Nouvelle-Aquitaine : «Nous n’étions quasiment que des propriétaires-occupants, on se connaissait tous, on était tous impliqués dans la vie de la copro».

Béatrice n’a qu’un rêve : que les copropriétaires-bailleurs revendent leurs biens à des personnes qui y éliront domicile. Et pourquoi ne revendrait-elle pas son propre appartement pour en acheter un autre, dans une résidence pas encore sortie de terre ? Eh oui, Béatrice, à partir du 1er janvier 2025, le Pinel n’existera plus et aucun autre dispositif d’investissement locatif dans le neuf n’est appelé à prendre le relais…

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