
C’est l’erreur la plus courante des parents épargnants : ouvrir un Livret A à la naissance de l’enfant, mettre en place un virement automatique, et ne plus y toucher. Avec un taux ramené à 1,5 % net depuis le 1er février 2026 et un plafond de 22 950 € « le Livret A, c’est le matelas de sécurité de la famille, pas l’outil pour préparer les études d’un enfant », résume Jordan Sarralié*, conseiller en gestion de patrimoine à Orléans. Quand on a 15 ou 20 ans devant soi, il faut orienter l’épargne vers des supports plus dynamiques.
À court terme, le Livret A et le LDDS sont intéressants de par leur disponibilité immédiate et l’absence de risque. À moyen terme, l’assurance-vie au nom du parent prend le relais grâce à une fiscalité avantageuse au-delà de 8 ans. Au-delà de 10 ans, les SCPI et le PER deviennent de vrais leviers de constitution patrimoniale. « La pire erreur, c’est d’acheter des SCPI pour un projet à trois ans. On cumule les frais d’entrée et le risque de devoir revendre dans un mauvais cycle immobilier », prévient le conseiller.
Avec 12,7 millions de titulaires et 141,1 milliards d’euros d’encours au troisième trimestre 2025, le Plan d’épargne retraite s’est imposé comme un produit-phare de l’épargne longue. Mais pour préparer le capital d’un enfant, il s’agit d’un outil indirect : c’est le parent qui souscrit, déduit ses versements de son revenu imposable, et reverse plus tard à l’enfant tout ou partie du capital. « Le PER est intéressant pour un foyer imposé à 30 ou 41 % qui veut lisser sa fiscalité, mais il est peu adapté si l’on veut garder la main sur l’argent destiné à l’enfant », tranche Jordan Sarralié. La logique est claire. En dessous de 30 % de TMI, l’économie d’impôt à l’entrée ne compense pas la fiscalité à la sortie. « En dessous de la tranche à 30 %, ouvrir un PER pour financer les études d’un enfant n’a quasiment aucun sens fiscal », confirme le conseiller.
La Société Civile de Placement Immobilier représente l’option la plus attractive en termes de rendement pur, avec un taux de distribution moyen de 4,91 % en 2025 selon le bilan ASPIM-IEIF. Mais ce rendement a un prix : frais d’entrée élevés, souvent 8 à 12 % du capital investi, liquidité réduite et risque de perte en capital. « La SCPI peut être un excellent levier pour construire un capital sur quinze ou vingt ans, à condition d’accepter qu’il n’y a aucune garantie et que la revente peut prendre plusieurs mois », prévient Jordan Sarralié. Le conseiller recommande deux pistes pour les familles : la détention en direct au nom des parents avec donation programmée des parts, ou via une assurance-vie multisupport qui mutualise les frais et offre une fiscalité plus douce. « Pour une épargne enfant, je privilégie quasi systématiquement la SCPI logée dans une assurance-vie : les frais d’entrée sont réduits, la liquidité est meilleure, et la fiscalité de transmission devient redoutablement efficace », détaille-t-il.
Trois profils de familles, trois allocations à connaître
Pour incarner sa méthode, Jordan Sarralié propose trois allocations-types calibrées selon le profil fiscal et l’horizon des parents.
- Premier profil, la famille à TMI 11 % avec enfant en bas âge : 100 % sur livrets réglementés (Livret A, LDDS) jusqu’à atteindre une réserve de précaution équivalente à six mois de dépenses, puis basculement progressif vers une assurance-vie multisupport.
- Deuxième profil, le foyer à TMI 30 % avec adolescent : un mix 30 % livret / 50 % assurance-vie multisupport / 20 % SCPI en direct ou en assurance-vie.
- Troisième profil, le foyer fortement imposé à 41 % avec jeunes enfants : 20 % livret / 30 % assurance-vie / 30 % SCPI / 20 % PER au nom du parent pour récupérer l’économie fiscale.
« Mes clients qui réussissent le mieux à transmettre un capital à leurs enfants ne sont pas ceux qui visent le meilleur rendement, ce sont ceux qui ont commencé tôt et diversifié intelligemment », observe Jordan Sarralié. « Verser 100 € par mois pendant vingt ans à 4 % de rendement, c’est près de 37 000 € pour l’enfant, hors fiscalité, bien davantage que n’importe quel placement miracle démarré trop tard », indique-t--il.
Pour éviter la fiscalité ou la diminuer, l’idéal est d’investir avec l’effet de levier du crédit. « Les parents souscrivent un prêt de 40 000 € par exemple sur 20 ans, avec une mensualité de 233 €, un loyer à 4% soit 133 €/mois. Il reste aux parents à mobiliser 100 € d’épargne par mois. Le gros avantage est que l’assurance du prêt protège le capital espéré pour l’enfant, quoi qu’il arrive aux parents. » Si le parent décède prématurément, les versements s’arrêtent. Le crédit étant assuré, il sécurise le placement. Mieux, on peut déduire les intérêts d’emprunt du loyer donc diminuer la fiscalité. « Mais, encore faut-il que votre banque veuille bien bien vous accompagner sur un tel placement. Mais c’est un autre débat », conclut-il.
* Jordan Sarralié est conseiller en gestion de patrimoine certifié, dirigeant de Lord Invest à Orléans. Il accompagne familles et entrepreneurs dans la construction de stratégies patrimoniales de long terme.


















