Sébastien, cadre parisien de 42 ans, en est persuadé. La meilleure idée d'investissement de 2026 n'est ni une action cotée en Bourse ni une SCPI (société civile de placement immobilier), mais ses 102 vaches dans le Jura. Elles lui rapportent chaque mois 2 856 euros, versés par les éleveurs auxquels la société MyMarguerit confie ses bêtes. «Et c'est totalement défiscalisé», confie celui qui cherchait avant tout à donner du sens à son épargne.

Comme lui, ils sont désormais des milliers à se laisser tenter par ces investissements «atypiques» (ou «passion»), afin d'y consacrer 10 à 15% de leur épargne. Car depuis cinq ou six ans, les plateformes digitales se sont multipliées pour faciliter l'accès à des actifs tangibles, comme les vaches ou les forêts, mais aussi plus exotiques : chevaux de course, voitures de sport, œuvres d'art. Avec, à la clé, des promesses de valorisation alléchantes. Le Knight Frank Luxury Investment Index (KFLII), qui pondère dix segments « collectibles » (voitures, montres, vins, whiskies, art, sacs, bijoux, pièces, mobilier, diamants), affiche une progression de 38,6% sur dix ans, malgré un repli de 0,4% en 2025.

Mais derrière la moyenne, les écarts sont vertigineux. Les montres se sont envolées de 125% sur la décennie, le whisky rare a chuté de 10,9% en 2025 après avoir longtemps fait figure de star du segment, les voitures de collection ont reculé de 3,7% malgré la vente d'une Ferrari F50 à 9,2 millions de dollars chez RM Sotheby's en août de la même année. Quant au sac Birkin, offert par Hermès à Jane Birkin en 2003, il s'est adjugé 10,1 millions de dollars chez Sotheby's, preuve que l'appétit pour les pièces dotées d'une histoire ne faiblit pas.

«Les Français cherchent des investissements tangibles, stables, peu soumis aux fluctuations des marchés», résume Carl Darjinoff, directeur de la relation investisseurs chez MyMarguerit.

La décorrélation est devenue l'argument numéro un : une vache continue à produire du lait quand le CAC 40 plonge, une Ferrari ne dépend pas des taux de la BCE (banque centrale européenne). S'ajoute un atout : le sens. Investir dans une vache, c'est soutenir un éleveur ; acheter des droits musicaux, c'est financer la création. Une dimension extra-financière qui pèse lourd, surtout chez les trentenaires.

Reste un détail crucial : derrière chaque actif, le véhicule juridique compte autant que le sous-jacent. Selon que vous achetez une obligation, une part de copropriété, une fraction tokenisée ou une nue-propriété, vous ne portez ni le même risque, ni la même fiscalité, ni le même horizon. C'est cette mécanique qui sépare les bonnes affaires des mirages. La passion n'exclut donc ni le contrôle, ni la vigilance.

Trois vérifications conditionnent la suite. D'abord, celle du statut réglementaire de la plateforme : on consulte le registre des agents financiers (Regafi) pour les prestataires de services d'investissement (PSI) comme Caption ; l'Orias, pour les conseillers en investissements financiers (CIF), et l’Autorité des marchés (AMF) pour des acteurs comme MyMarguerit et Collectionneurs, enregistrés comme intermédiaires en biens divers. Il faut ensuite faire une lecture sérieuse du document d'information, sections risques et grille de frais en tête. Enfin, le bon dimensionnement : pas plus de 10 à 15% du patrimoine, et jamais d'argent dont on pourrait avoir besoin à court terme.

L'AMF rappelle régulièrement que l'aspect ludique de ces investissements ne réduit pas leurs risques. Plusieurs plateformes de crowdfunding immobilier ont fait défaut depuis 2023, et la BBC a documenté la faillite d'un fonds écossais qui gérait plus de 80 millions de dollars en fûts de whisky sans pouvoir les restituer à ses investisseurs. Les rendements à deux chiffres affichés par certaines plateformes sont des «cibles», pas des promesses, et les performances historiques du KFLII ne disent rien de la performance individuelle d'une œuvre, d'une montre ou d'un cheval. Bien encadrée, la passion peut offrir cette poche de diversification que les marchés cotés peinent à délivrer. Mal encadrée, elle peut coûter cher.

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