A défaut d’être diplomatique, le propos a le mérite d’être clair. A peine nommé ministre du Travail en octobre dernier et auditionné au Sénat, Jean-Pierre Farandou a sorti la sulfateuse et provoqué un tollé syndical. Dans son viseur ? Certains salariés, notamment cadres, auraient tendance à «se mettre au chômage pour aller voyager». Leur méthode ? Au lieu de quitter d’eux-mêmes leur boîte en cas de désaccord, ces indélicats négocieraient une rupture conventionnelle (RC). Contrairement à la démission, cette procédure de départ à l’amiable pour des CDI permet en effet de s’inscrire à France Travail et de toucher des allocations chômage au moins égale à l’indemnité légale de licenciement. Bref, comme un départ contraint, sans pour autant besoin de trouver un motif. Et moins fâcheux sur un CV.

Si l’ancien patron de la SNCF n’a pas mâché ses mots, quitte à verser dans la caricature, c’est dans un but bien précis. Rogner les avantages actuels de la rupture conventionnelle pour faire réaliser des économies à l’Unédic, chargée de la gestion de l’assurance chômage. Il est vrai que les chiffres laissent pantois. Près de 515 000 procédures ont été enregistrées rien qu’en 2024, pour un coût de 9,4 milliards d’euros. Soit, à elles seules, un quart des dépenses totales de l’Unédic (en incluant la formule collective des ruptures conventionnelles, mais qui est peu usitée) ! Créée en 2008 dans le cadre de la loi de modernisation du marché du travail, la formule a sans conteste trouvé son public. Un peu trop, sans doute.

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