
Les boulangers et leurs équipes seront-ils aux fourneaux pour la fête du travail et pourront-ils ouvrir leur commerce ce 1er mai avec leurs salariés si ces derniers sont volontaires ? C’est ce qu’a annoncé Sébastien Lecornu à Matignon, vendredi 17 avril. Le Premier ministre déclarait alors qu’«une instruction sera donnée aux services de l’Etat» pour éviter qu’ils ne soient sanctionnés en cas de contrôles, comme ce fut le cas l’année dernière notamment, provoquant la colère des artisans.
Sacré retournement de situation, car ces dernières semaines, on y perdait notre Latin. Le gouvernement, qui soutenait activement une proposition de loi issue du camp macroniste, avait fini par reculer en décidant de ne pas convoquer de commission mixte paritaire (CMP), après que le texte ait été rejeté à l’Assemblée nationale. De son côté, la CGT, farouchement opposé au travail le 1er mai, cette journée internationale des travailleurs, affirmait par communiqué que «le 1er mai doit rester un jour férié, obligatoirement chômé et rémunéré», et rappelait que les boulangeries artisanales «peuvent déjà ouvrir le 1er mai à la seule condition de ne pas faire travailler les salarié·es».
Après quelques jours de reculades et d’incompréhensions, Sébastien Lecornu choisissait d’autoriser exceptionnellement les boulangers et les fleuristes à ouvrir leurs portes avec leurs équipes en cette journée si particulière. Les salariés volontaires qui choisiront de prendre le chemin du travail seront payés double. Contacté par Capital, Dominique Anract, président de la Confédération nationale de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie française, salue la décision du gouvernement, qu’il trouve «courageuse». «C’est une super victoire pour la boulangerie, un grand moment», affirme-t-il. Toutefois, rien n’est encore joué. Le syndicat Sud, la CGT et des députés écologistes ont déposé des recours auprès du Conseil d’Etat pour que ce dernier décide de suspendre la décision du Premier ministre. Le verdict aura lieu avant le 1er mai. De son côté, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a déclaré mercredi 29 avril n'avoir donné «aucune instruction» aux inspecteurs du travail pour ne pas sanctionner les boulangers et fleuristes qui feront travailler leurs salariés ce 1er mai, tout en appelant à «l'intelligence collective» dans l’attente d'un nouveau texte législatif sur le sujet.
Mais pourquoi cette journée est-elle si importante pour les boulangers ? Pour Dominique Anract, il y aurait des produits à consommer qui peuvent s’acheter la veille et d’autres non. «Le pain, ça se fait le jour même. Une baguette, le lendemain, évidemment qu’elle est moins bonne et moins comestible», affirme-t-il, avant de poursuivre : «vous ne prenez pas un croissant la veille pour vous balader le lendemain».
«Si vous avez ce petit manque là, c’est une difficulté supplémentaire»
Jean-Paul Taranne, qui dirige la boulangerie «Le Fournil Gourmand» à Noisy-le-Grand, ouvrira bien ce 1er mai. Pas une surprise, puisqu’il l'avait déjà fait l’année dernière en étant seul pour préparer pains et pâtisseries. «J’ai fait 21 heures de travail d’affilée, c’était pénible», nous confie-t-il. Pour cette année, il assure qu’il aurait encore ouvert sa boulangerie, avec ou sans accord du gouvernement. Après avoir sondé son équipe, composée de 15 salariés, la grande majorité a montré son envie de travailler.
Même si ce n’est pas la journée la plus importante de l’année en termes de chiffre d’affaires, les ventes réalisées le 1er mai lui permettent de faire un «beau chiffre». Mais pour lui, la difficulté se trouve ailleurs. Une journée de travail reste essentielle pour la santé économique de son commerce. «Si vous avez ce petit manque là, c’est une difficulté supplémentaire». Et pour cause, il faut supporter les coûts liés à «l’énergie», les «matières premières» et les «salaires». «Aujourd’hui, économiquement, il faut faire attention, (...) il ne faut pas trop jouer avec le feu», admet-il, sans concession.
«Le pain fait partie de l’alimentation primaire de la France»
Thierry Rabineau, boulanger qui dirige la «Boulangerie Moderne», connue pour avoir servi de décor dans la série à succès Emily in Paris dans le 5ème arrondissement de la capitale, fermera son commerce ce 1er mai, comme à chaque fête du travail. Mais cette décision repose uniquement sur la localisation de sa boulangerie, celle-ci étant située à côté de bureaux, d’écoles et de facultés, fermés lors d’un jour férié. Fervent défenseur de la liberté de travailler, il soutient ardemment ses confrères qui souhaitent ouvrir lors de la fête du travail. «Le pain fait partie de l’alimentation primaire de la France», affirme le boulanger à Capital, avant de se demander «pourquoi fermer un commerce qui vend ce type d’alimentation». Selon la CNBPF, environ 6 milliards de baguettes sont vendues chaque année. Thierry Rabineau admet aussi qu’il est très difficile pour une boulangerie de tourner sans ses salariés.
«Un supplément de salaire» pour les salariés
Julien Janeu, salarié dans la boulangerie de Thierry Rabineau, pourra rester à la maison ce 1er mai. «Je suis content de profiter d’un jour de repos avec mes enfants». Toutefois, travailler lors de la fête du travail ne l’aurait pas dérangé. Pour lui, qui a toujours bossé le 1er mai dans ses autres entreprises, cela représente «un supplément de salaire». «Je vois ça comme une journée pour gagner plus d’argent», nous indique-t-il.
Entre le gouvernement qui souhaite assouplir exceptionnellement les règles pour les boulangeries et les fleuristes lors de ce 1er mai 2026 et le Conseil d’Etat qui doit se prononcer sur la suspension de la décision gouvernementale, les professionnels des secteurs concernés sont encore plongés dans l’incertitude. En parallèle, un projet de loi est en préparation pour sécuriser légalement le dispositif souhaité par le gouvernement pour les filières visées. Que penseront les parlementaires de ce nouveau texte ? Réponse prochainement sur les bancs du Palais Bourbon.



















